Le blog Makollabe · Vivre de sa création

Casser le plafond de verre : vivre de sa création, sans mythe et sans culpabilité.

Avant, pour vivre de sa musique, il fallait du talent et surtout la chance d'être repéré·e. Aujourd'hui la chance existe toujours, l'algorithme aussi, et beaucoup de choses ne dépendent pas de vous. Mais une partie du chemin s'apprend, et personne ne l'explique. Voilà laquelle.

Août 2026 · 8 minutes de lecture · France, Suisse, Belgique

Commençons par les chiffres, parce qu'ils remettent tout le monde au même endroit.

Les créatrices et créateurs de contenu en France, en 2025
Monétisent348 000 personnes
Sous le SMIC85 %
Aucun revenu26 %
En vivent2 %
Sources : CNC / Paris Creator Week, Reech 2025 ; UMICC-Ipsos 2025 (part des revenus supérieure à 75 %).

Si vous faites partie des 85 %, vous n'avez rien raté. C'est la situation normale de presque tout le monde dans ce métier, y compris de gens très doués et très travailleurs. Cet article ne dit pas « c'est votre faute ». Il essaie de séparer ce qui tient à la chance et au système de ce qui, en plus, peut s'apprendre.

Avant, il fallait être repéré·e

Une chanteuse, avant

Du talent, beaucoup de travail, et la chance qu'une personne, quelque part, la remarque : une maison de disques, un producteur, un directeur artistique dans une salle.

Une chance sur combien ? Personne ne le sait. On chante, on attend, on espère.

Une créatrice, aujourd'hui

Plus besoin d'autorisation pour publier. Parfois ça grandit parce que c'est bon. Parfois une vidéo devient virale sans que personne ne sache pourquoi, parce que des milliers de gens s'y reconnaissent ce jour-là.

Il n'y a pas de règle. C'est injuste et c'est ouvert : n'importe qui, depuis sa chambre, peut toucher des milliers, parfois des millions de personnes.

Une chose, pourtant, a survécu de l'ancien monde : le mythe de la découverte. Il a juste changé de costume. Aujourd'hui il ressemble à « je publie, ça marche, et un jour une marque va m'écrire ». On attend le message. On regarde les autres recevoir des colis. On se dit que ce sera pour plus tard, quand on sera « assez ».

Ce qui ne dépend pas de vous

Beaucoup de choses. L'algorithme, qui peut diviser votre portée par dix sans explication. La niche, parce que la beauté et le lifestyle ont plus de budgets de marques que la poésie ou le handicap. Le moment, la concurrence, les tendances. Et une chose dont on parle moins : les codes. Savoir annoncer un prix, lire un contrat, écrire à une entreprise sans se sentir illégitime, ça s'apprend souvent chez soi, et tout le monde ne l'a pas reçu. Derrière beaucoup de créatrices « qui se sont faites toutes seules », il y a un réseau, un peu de capital, quelqu'un qui a relu le premier contrat.

Ne pas en vivre n'est pas un échec personnel. C'est la situation de 85 % des gens qui font ce métier.

La journaliste Salomé Saqué a écrit un livre entier, Sois jeune et tais-toi, pour rappeler que les difficultés des jeunes sont des conditions matérielles, pas des défauts de caractère : un chômage plus de deux fois supérieur à la moyenne, près d'un jeune de 18 à 29 ans sur deux qui vit chez ses parents, des diplômes qui valent moins qu'avant. Et des aspirations identiques à celles de leurs parents : de la sécurité, de la dignité, du sens. On peut lire les chiffres des créatrices et créateurs avec la même grille. Un métier où 40 % n'ont pas d'autre revenu, où 70 % sont des femmes, où l'on travaille sans horaires, sans arrêt maladie et sans chômage, ce n'est pas une génération qui veut être célèbre sans effort. C'est du travail, souvent précaire, choisi parce que le reste ne propose pas mieux.

Les créatrices et créateurs professionnels (UMICC-Ipsos 2025)
Femmes70 %
Indépendants58 %
Seul revenu40 %
Ignorent les aides publiques85 %

C'est pour ça que Makollabe existe : pour que les codes soient donnés à tout le monde au départ, et pas seulement à celles et ceux qui les ont hérités. Et parce qu'une méthode individuelle ne remplace pas des protections collectives, on soutient ce qui se construit de ce côté-là : la loi de 2023 sur l'influence commerciale, l'UMICC qui joue le rôle d'organisation professionnelle, et les collectifs de créatrices qui partagent leurs tarifs et refusent ensemble ce qu'on ne peut pas refuser seule.

Ce qui, en revanche, s'apprend

Quand on regarde les 2 % qui en vivent, on ne trouve pas forcément les plus gros comptes. L'étude UMICC-Ipsos de 2025 montre que 84 % des créatrices et créateurs professionnels ont moins de 250 000 abonnés. Ce qu'ils ont souvent en commun, ce sont quatre pratiques. Aucune ne garantit le résultat. Toutes augmentent les chances.

Un prixCalculé sur leurs vrais chiffres, écrit avant qu'on le leur demande.
Des messagesQuelques marques choisies chaque semaine, une relance. Pas des centaines.
Plusieurs sourcesPartenariats (55 %), affiliation (30 %), plateformes (29 %), UGC, produits.
Un cadreUn statut (58 % sont indépendants), des factures, une part mise de côté.

Pourquoi les marques n'écrivent pas

Le point que presque personne n'explique : dans la plupart des marques, personne n'a le temps de parcourir des milliers de comptes à 8 000 ou 20 000 abonnés. Une petite équipe, souvent une seule personne, répond aux propositions qu'elle reçoit quand elles sont claires, chiffrées et cohérentes avec la marque. Il y a des exceptions et des agences qui repèrent. Mais à cette taille, être repérée est rare, et surtout ça ne dépend pas de vous. Écrire, si.

Ce que racontent celles et ceux qui écrivent aux marques
5 à 10 messages bien ciblés
→
1 réponse intéressée
→
parfois 1 collab
Ordre de grandeur rapporté, pas une statistique : ça varie beaucoup selon la niche, la saison et le message. Ce qui est sûr : zéro message donne zéro réponse.

Sans se trahir

Écrire aux marques n'oblige pas à devenir commerciale. Votre audience vous suit pour votre regard, vos goûts, ce que vous refusez : cette confiance est votre seul actif, et une collaboration mal alignée coûte plus qu'elle ne rapporte. Donc la question n'est pas « quelle marque voudrait de moi ? » mais « avec qui je serais fière de travailler ? ». Trois endroits où chercher :

Les produits que vous recommandez déjà gratuitementLes questions qu'on vous pose en commentaireLes marques qui travaillent déjà avec des comptes de votre taille

Concrètement

1Calculer son tarif de base, et ce qui s'ajoute (droits publicitaires, exclusivité).
2Avoir une page à envoyer : chiffres à jour, formats, exemples, contact.
3Choisir vingt marques alignées. Vingt, pas deux cents.
4Écrire cinq lignes : ce qu'on aime chez elles, qui nous suit, ce qu'on propose, la page.
5Relancer une fois, une semaine plus tard, gentiment.
6Répondre à « combien ? » avec le chiffre de l'étape 1.
7Lire trois clauses : droits, exclusivité, paiement.
8Être en règle avant la première facture, et mettre une part de côté.

Un message qui reçoit des réponses, à adapter avec vos mots (chiffres fictifs) :

Bonjour ! J'utilise vos sérums depuis un an et ma communauté me pose souvent des questions dessus. Je crée des vidéos courtes sur les routines simples pour 12 000 personnes très engagées (6,8 % d'engagement). Je travaille avec les marques sur des collaborations rémunérées, et j'aimerais vous proposer une vidéo autour de [produit], avec une idée précise en tête. Voici ma page avec mes chiffres et mes formats : [lien]. Est-ce que ça vous parle ?

Et la peur de demander

Léna Situations, aujourd'hui l'une des créatrices les plus influentes en France, raconte souvent ses débuts : un blog à quinze ans, des années à publier sans que personne ne la remarque, et une ligne qui traverse tout ce qu'elle dit : agir plutôt qu'attendre. Il y a eu de la chance dans son parcours, comme dans tous, et du talent. Mais ce qu'elle décrit, c'est surtout des choses proposées avant d'être sûre.

Demander fait peur, et cette peur n'est pas un défaut : elle est fabriquée par des années où l'on nous a appris à ne pas déranger, à ne pas parler d'argent, à attendre qu'on nous choisisse. Elle touche plus fort celles et ceux à qui personne n'a dit qu'ils avaient le droit. Un non ne coûte rien, un silence non plus ; ce qui coûte, c'est d'attendre. Et on demande mieux quand on n'est pas seule : entre créatrices, en partageant ses tarifs et ses refus, la peur baisse vite.

Les 2 % ne sont pas forcément plus talentueux. Beaucoup ont eu de la chance, et beaucoup ont demandé, jusqu'à ce que demander devienne normal.

Vous avez déjà l'audience. Vous avez déjà le contenu. Le reste s'apprend, et vous n'avez pas à l'apprendre seule.

Les mêmes armes de départ, pour toutes et tous.

Makollabe relie vos réseaux, calcule ce que vous valez, choisit les marques à contacter chaque semaine, écrit le message, relit les contrats et vous dit quoi mettre de côté. Ce que d'autres ont appris chez eux, dans une app.

Découvrir Makollabe

Sources. 348 000 créateurs monétisant leurs réseaux, 85 % sous le SMIC, 26 % sans revenu : Centre national du cinéma et de l'image animée, Paris Creator Week, étude Reech, rapport parlementaire Delaporte-Vojetta (2024-2025). 2 % tirant plus de 75 % de leurs revenus de la création, 84 % sous 250 000 abonnés, sources de revenus, 58 % en indépendant : étude UMICC / Ipsos / Favikon, été 2025. Parcours de Léna Situations : « Pour Léna Situations, tout commença par un blog » et Toujours plus (Robert Laffont, 2020). Salomé Saqué, Sois jeune et tais-toi (Payot, 2023) et son entretien avec Welcome to the Jungle ; la lecture des chiffres des créateurs avec sa grille est la nôtre. Cet article donne des informations générales, pas un conseil juridique ou fiscal.