En bref
Une clause d'exclusivité t'interdit de collaborer avec les concurrents de la marque pendant une durée donnée : elle a donc un coût, celui des collabs que tu refuseras. Sur le marché francophone, une exclusivité sectorielle se majore de 20 à 50 % du tarif de base (Influenth 2026), et elle doit être bornée à une catégorie précise, une durée courte (30 à 60 jours) et des plateformes nommées. Une exclusivité floue, longue ou gratuite se refuse — poliment, avec une contre-proposition.
Qu'est-ce qu'une clause d'exclusivité t'interdit exactement ?
Une clause d'exclusivité (ou de non-concurrence) est un engagement de ne pas promouvoir d'autres marques d'un certain périmètre pendant un certain temps. Trois paramètres définissent ce que tu perds :
- La catégorie : « les produits concurrents » peut vouloir dire une gamme précise (les sérums à la vitamine C) ou un secteur entier (la beauté). Plus la catégorie est large, plus tu fermes de portes.
- La durée : avant la publication, pendant la campagne, après. Une exclusivité qui court « 6 mois après la dernière publication » bloque une saison entière.
- Les plateformes et formats : parfois seulement la plateforme de la campagne, parfois tous tes canaux, newsletter et podcast compris.
Ce que ce n'est pas : l'exclusivité ne limite pas ta liberté d'opinion sur un produit que tu as acheté. Aucun texte spécifique aux créatrices et créateurs de contenu n'encadre cette clause : c'est une clause contractuelle comme une autre, qui doit être écrite, précise et proportionnée. Depuis le 1er janvier 2026, dès 1 000 € HT cumulés sur l'année avec un même annonceur, le contrat écrit est obligatoire et doit détailler les droits et obligations des parties — une exclusivité qui n'y figure pas noir sur blanc n'existe pas.
Combien te coûte vraiment une exclusivité ?
Le bon réflexe est de raisonner en coût d'opportunité : ce que tu aurais gagné sans la clause. Prends ton historique des douze derniers mois et compte les collabs réalisées dans la catégorie visée.
Exemple : tu fais en moyenne une collab beauté par mois à 500 €. Une exclusivité « beauté, 6 mois » te fait potentiellement renoncer à 3 000 € de chiffre d'affaires. Si la marque te paie 800 € pour sa campagne, l'exclusivité gratuite te coûte plus qu'elle ne te rapporte. La même clause limitée aux « soins visage anti-âge, 45 jours » ne te fait probablement renoncer à rien.
Les grilles du marché donnent un ordre de grandeur cohérent avec ce raisonnement. Influenth indique qu'une clause d'exclusivité sectorielle (ne pas collaborer avec un concurrent pendant X mois) ajoute 20 à 50 % au tarif, avec une option de référence à +30 %. Be-Hype, côté marques, décrit l'exclusivité sectorielle comme entraînant « un supplément significatif ». Reech, dans ses bonnes pratiques de contrat, rappelle que toutes les marques ne peuvent pas se permettre d'exiger l'exclusivité, « du moins sans préciser un délai maximum raisonnable ».
La règle : la majoration augmente avec la largeur de la catégorie et la durée — +20 % pour une gamme précise sur 30 jours, +50 % ou davantage pour un secteur entier sur plusieurs mois, à comparer toujours avec ton coût d'opportunité réel.
Comment borner une clause d'exclusivité ?
Pas besoin de refuser l'exclusivité pour te protéger : il suffit de la définir précisément. Quatre bornes à poser dans le contrat :
- Une catégorie nommée : liste de produits ou de concurrents directs (« les marques X, Y et Z » ou « les compléments alimentaires à base de collagène »), pas un secteur entier.
- Une durée courte et datée : 30 jours pour une campagne ponctuelle, 60 jours pour un lancement, à compter de la date de publication et non de la signature ou de la « fin de campagne » (une date que tu ne contrôles pas).
- Des plateformes nommées : celle de la campagne, éventuellement tes autres réseaux, mais pas tes formats sans lien (podcast, newsletter, événements).
- Une majoration écrite : le montant de l'exclusivité apparaît sur une ligne distincte du devis. Si la marque la retire, le prix baisse d'autant — ça rend la négociation lisible.
Deux protections supplémentaires : une exception pour les engagements antérieurs (les collabs déjà signées ne sont pas concernées), et une clause miroir pour les longues durées — si la marque veut 6 mois d'exclusivité, elle s'engage sur un volume minimum de contenus rémunérés sur la période. Dans Makollabe, le vérificateur de contrat repère les exclusivités sans durée ou sans catégorie et te propose la reformulation.
Quelles clauses sont acceptables, lesquelles sont abusives ?
Comparons sur des exemples réels de rédaction.
Acceptable :
« La créatrice s'engage à ne pas publier de contenu sponsorisé pour une marque de sérums visage sur son compte Instagram pendant 30 jours à compter de la publication du contenu objet du présent contrat. Cette exclusivité est rémunérée 150 € HT, inclus dans le montant total. Les collaborations conclues avant la signature ne sont pas concernées. »
À renégocier : « exclusivité sur le secteur cosmétique pendant 6 mois » — catégorie trop large, durée longue, pas de majoration mentionnée. Tu peux accepter la durée si la catégorie se réduit et si la clause est payée, ou l'inverse.
À refuser en l'état :
- « s'interdit toute collaboration avec une autre marque pendant la durée du partenariat et 12 mois après » — exclusivité totale, sans catégorie ;
- « pendant la durée de la campagne » sans date de fin — la marque décide seule quand tu es libre ;
- une exclusivité rétroactive qui t'oblige à supprimer des contenus déjà publiés pour d'autres marques ;
- une clause de pénalité disproportionnée (plusieurs fois le montant du contrat) en cas de manquement.
Une clause abusive n'est pas forcément malveillante : beaucoup de marques réutilisent un modèle rédigé pour d'autres contextes. Proposer une version bornée est presque toujours bien reçu.
Comment négocier l'exclusivité sans fermer la porte ?
La marque a une bonne raison de vouloir l'exclusivité : elle ne veut pas voir son concurrent chez toi la semaine suivante. Ton objectif n'est pas de la lui refuser, mais de la rendre proportionnée et payée. Trois phrases selon la situation.
Quand le contrat prévoit une exclusivité non rémunérée :
« Je comprends tout à fait le besoin d'exclusivité. Pour que ce soit tenable de mon côté, je vous propose de la limiter aux [catégorie précise] pendant 30 jours après publication, avec une majoration de 25 % — soit [montant] € HT au total. »
Quand la durée demandée est longue :
« Six mois d'exclusivité représentent pour moi plusieurs collaborations refusées. Deux options : 60 jours avec la majoration standard, ou 6 mois si nous prévoyons ensemble un minimum de [nombre] contenus rémunérés sur la période. »
Quand le budget est fermé :
« Si le budget ne permet pas de rémunérer l'exclusivité, je propose de la retirer du contrat : je resterai bien sûr attentive à ne pas publier de contenu concurrent dans les jours qui entourent la campagne. »
Cette dernière phrase montre ta bonne foi sans t'engager sur des mois. Une exclusivité est un service que tu rends à la marque : il a un périmètre et un prix, et le dire calmement, chiffres à l'appui, est la meilleure façon d'être prise au sérieux.
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Questions fréquentes
Combien facturer une clause d'exclusivité ?
Une majoration de 20 à 50 % du tarif de base est l'ordre de grandeur constaté sur le marché francophone (Influenth 2026), selon la largeur de la catégorie et la durée. Compare toujours avec les collabs que tu devrais réellement refuser.
Quelle durée d'exclusivité est raisonnable ?
30 jours pour une campagne ponctuelle, 60 jours pour un lancement, comptés à partir de la date de publication. Au-delà de 90 jours, demande une majoration plus élevée ou un engagement de volume de la part de la marque.
Puis-je refuser une clause d'exclusivité ?
Oui. Rien ne t'oblige à l'accepter, et une exclusivité non écrite n'existe pas. Le plus efficace est de proposer une version bornée (catégorie précise, durée courte, majoration) plutôt qu'un refus sec.
L'exclusivité s'applique-t-elle aux produits que j'achète moi-même ?
En principe, une clause d'exclusivité vise les contenus sponsorisés et les collaborations rémunérées, pas ton avis personnel sur un produit acheté. Fais préciser dans le contrat que seuls les contenus commerciaux sont concernés.
La clause d'exclusivité doit-elle figurer dans le contrat écrit ?
Oui. Depuis le 1er janvier 2026, dès 1 000 € HT cumulés sur l'année avec un même annonceur, le contrat écrit est obligatoire et doit préciser les droits et obligations des parties, dont l'exclusivité si elle existe.
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Découvrir MakollabeSources
- Influenth — Calculateur de tarif influenceur 2026 — Une clause d'exclusivité sectorielle (ne pas collaborer avec un concurrent pendant X mois) ajoute 20 à 50 % au tarif ; option de référence « exclusivité secteur » à +30 %.
- Be-Hype — Tarif influenceur 2026 : la grille de prix complète — L'exclusivité sectorielle, définie comme l'interdiction de travailler avec les concurrents pendant une période donnée, entraîne un supplément significatif sur le tarif.
- Reech — Les bonnes pratiques pour rédiger votre contrat influenceur — L'exclusivité ne devrait pas être exigée sans préciser un délai maximum raisonnable ; le contrat doit fixer nature et quantité de la compensation et conditions de règlement.
- Ministère de l'Économie — Guide de bonne conduite « Influence commerciale » (janvier 2026) — Contrat écrit obligatoire au-dessus de 1 000 € HT depuis le 1er janvier 2026, apprécié par annonceur et par année, devant mentionner les autres droits et obligations des parties.
- Légifrance — Décret n° 2025-1137 du 28 novembre 2025 — Fixe à 1 000 € HT le seuil du contrat écrit obligatoire prévu par l'article 8 de la loi n° 2023-451 du 9 juin 2023.