Contrats et droits

Contrat influenceur : les clauses obligatoires et celles à négocier

La marque t'envoie « son » contrat, ou rien du tout. Voici ce que la loi impose depuis janvier 2026, ce que tu peux exiger, et les phrases à copier-coller.

Par Elisabet Lallemand, fondatrice de Makollabe · publié le 2026-09-07

En bref

Depuis le 1er janvier 2026, un contrat écrit est obligatoire dès que rémunération et avantages en nature versés par un même annonceur, cumulés sur l'année, atteignent 1 000 € HT (décret n° 2025-1137). Il doit mentionner l'identité des parties, les missions, la rémunération et la valeur des cadeaux, les droits et obligations (dont la propriété intellectuelle) et l'application du droit français. Durée des droits, exclusivité, révisions, acompte, délai de paiement et annulation se négocient — c'est là que tu gagnes ou perds de l'argent.

1 000 € HTseuil (cumulé par annonceur sur l'année) au-delà duquel le contrat écrit est obligatoire
1er janvier 2026date d'entrée en vigueur du décret n° 2025-1137
30 joursdélai de paiement par défaut entre professionnels (Code de commerce, art. L441-10)

À partir de quel montant le contrat écrit est-il obligatoire ?

La loi n° 2023-451 du 9 juin 2023 (la « loi influenceurs ») prévoit dans son article 8 qu'au-delà d'un certain montant, la collaboration entre une créatrice ou un créateur de contenu et un annonceur (ou son agence, ou ton agent) doit faire l'objet d'un contrat écrit. Ce montant n'a été fixé que fin 2025 : le décret n° 2025-1137 du 28 novembre 2025 le place à 1 000 € hors taxes, applicable depuis le 1er janvier 2026.

Le point que beaucoup ratent : le seuil ne se regarde pas contrat par contrat. D'après le guide de bonne conduite publié par le ministère de l'Économie en janvier 2026, il s'apprécie par annonceur, en cumulant la rémunération en argent et la valeur des avantages en nature (produits, voyages, invitations) reçus sur une même année pour le même objectif promotionnel. Trois collabs à 400 € avec la même marque pour la même campagne : tu es au-dessus.

En dessous de 1 000 € HT, la loi n'impose aucune forme : un échange de mails suffit juridiquement. Mais tu peux demander un écrit dès le premier euro — un mail récapitulatif validé par la marque vaut déjà beaucoup.

Quelles mentions la loi impose-t-elle dans le contrat ?

Au-dessus du seuil, l'article 8 de la loi de 2023 liste ce que le contrat doit contenir, sous peine de nullité :

Tu vis en Suisse ou en Belgique ? Si la campagne cible un public français, la marque française est soumise à ces règles et te proposera ce cadre. Sinon, ces mentions restent une excellente check-list : elles couvrent exactement les points qui créent des litiges.

Quelles clauses dois-tu négocier en plus ?

La loi fixe un socle, pas un prix. Sept clauses décident de ce que tu gagnes vraiment :

  1. Durée et supports des droits : par défaut, propose une utilisation organique sur les comptes de la marque pendant 90 jours. Toute publicité payante ou whitelisting se facture à part — Ruche Pollen cite +50 % pour 3 mois sur une plateforme, +100 % pour 6 mois multi-plateformes, +200 % pour 12 mois ou usage perpétuel.
  2. Exclusivité : catégorie précise, durée courte (30 à 60 jours), majorée.
  3. Révisions : nombre d'allers-retours inclus (un ou deux), délai de validation de la marque (48–72 h), au-delà duquel le contenu est réputé validé.
  4. Acompte : 30 à 50 % à la signature dès que tu dois acheter du matériel ou bloquer une journée.
  5. Délai de paiement : entre professionnels, le Code de commerce prévoit 30 jours par défaut, 60 jours maximum si c'est écrit ; les pénalités de retard et l'indemnité forfaitaire de 40 € sont dues de plein droit.
  6. Annulation : si la marque annule après validation du script ou du tournage, un pourcentage reste dû.
  7. Liberté éditoriale : tu restes libre du ton et tu apposes la mention « publicité » ou « collaboration commerciale » de façon claire, lisible et immédiate — la loi et l'ARPP l'exigent, aucune clause ne peut te le retirer.

Quelles formulations exiger, lesquelles refuser ?

Le contrat que t'envoie la marque a été rédigé pour elle, c'est normal. Voici comment le lire vite.

SujetÀ refuser (ou à faire préciser)À exiger
Droits« cession de tous droits, tous supports, monde entier, sans limitation de durée »« utilisation organique sur les comptes X et Y, 90 jours à compter de la publication »
Exclusivité« ne collaborera avec aucune autre marque »« aucune promotion de [catégorie précise] pendant 30 jours »
Validation« modifications illimitées jusqu'à satisfaction »« deux séries de retours, réponse sous 72 h, silence vaut validation »
Paiement« à réception, sous réserve des performances »« 30 % à la signature, solde à 30 jours après publication »
Résultats« garantit un minimum de X vues / ventes »Aucune garantie de résultat : tu t'engages sur une prestation, pas sur l'algorithme.
Responsabilité« indemnise la marque de tout dommage » sans plafondResponsabilité plafonnée au montant du contrat.

Une clause « sous réserve des performances » transforme ton cachet en pari ; une cession « tous droits, sans durée » offre à la marque des visuels publicitaires pour des années. Tu peux refuser poliment et proposer l'alternative. Dans Makollabe, tu colles le contrat et le vérificateur te signale ces clauses une par une, avec la reformulation à renvoyer.

À quoi ressemble un mini-modèle de clauses à copier-coller ?

Ce bloc n'est pas un contrat complet, mais il couvre l'essentiel et tu peux l'envoyer à une marque qui n'a pas de modèle :

« Objet : réalisation de [nombre] [format] publiés sur [plateforme] avant le [date]. Rémunération : [montant] € HT, dont 30 % à la signature et le solde à 30 jours après publication ; valeur des produits fournis : [montant] €. Droits : la créatrice ou le créateur autorise [marque] à reproduire les contenus sur ses comptes [réseaux] pendant 90 jours à compter de la publication ; toute utilisation en publicité payante, sur site, en newsletter ou en point de vente fera l'objet d'un accord écrit et d'une rémunération distincte. Exclusivité : aucune promotion de [catégorie] pendant 30 jours après publication. Validation : deux séries de retours ; l'absence de réponse sous 72 h vaut validation. Annulation : après validation du script, 50 % de la rémunération restent dus ; après tournage, 100 %. Mention : le contenu portera la mention “collaboration commerciale” de façon claire et immédiate. Droit applicable : droit français. »

Ajoute les identités, adresses postales et électroniques et pays de résidence fiscale des deux parties, et tu as un écrit conforme aux mentions de l'article 8.

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Questions fréquentes

Le contrat influenceur est-il obligatoire en 2026 ?

Oui, dès que la rémunération et les avantages en nature versés par un même annonceur, cumulés sur l'année, atteignent 1 000 € HT. C'est le décret n° 2025-1137, applicable depuis le 1er janvier 2026, qui fixe ce seuil en application de l'article 8 de la loi du 9 juin 2023.

Les produits offerts comptent-ils dans le seuil de 1 000 € ?

Oui. Le seuil additionne la rémunération en argent et la valeur réelle des avantages en nature (produits, voyages, invitations) reçus d'un même annonceur sur une même année.

Que doit contenir un contrat d'influence commerciale ?

L'identité, les coordonnées et le pays de résidence fiscale des parties, la nature des missions, la rémunération et la valeur des avantages en nature, les droits et obligations (dont la propriété intellectuelle) et la mention que le contrat est soumis au droit français.

Puis-je refuser une clause « sous réserve des performances » ?

Oui. Tu t'engages sur une prestation (créer et publier un contenu), pas sur un résultat que tu ne contrôles pas. Propose à la place un paiement fixe, éventuellement complété par un bonus si un objectif est dépassé.

Quel délai de paiement puis-je exiger d'une marque ?

Entre professionnels, le Code de commerce (art. L441-10) fixe le délai par défaut à 30 jours après la prestation, et 60 jours maximum si le contrat le prévoit. En cas de retard, des pénalités et une indemnité forfaitaire de 40 € sont dues.

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